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RÉTROSPECTIVE PERSPECTIVE

Extérieur. Mur délavé gris en plein soleil. Une petite fenêtre en bas, unique ouverture.

Extérieur. Mur en béton, plein d’aspérités, gris. Une fenêtre au centre, dont la seule garniture est une parabole.

Extérieur. Rideau baissé, volets fermés ; seul dessin: l’ombre d’un auvent.

Extérieur. Tache bleue sur fond gris. Un sachet en plastique qui semble fondu dans l’asphalte.

Lignes droites, qui tracent des géométries sévères, coupent le cadre dans sa largeur et puis encore le brisent en rectangles, carrés et en quelques rares triangles, les couleurs remplissent les espaces dessinés créant une composition ordonnée de figures planes.

Ces natures géométriques mortes sont en réalité les photographies que l’artiste Laure Catugier prend des détails des façades de certaines habitations ; il est impossible de définir leur grandeur comme il est impossible de les situer sur une carte géographique parce que sans aucun renvoi à la culture qui les a construites. On ne peut même pas les dater, elle pourraient avoir été construites dans les années 1950, comme être récentes.

Anonymes, privées de temps et d’espace: universelles, dirait-on.

Comme universel est le silence qui les envahit : volets toujours baissés, jamais une fenêtre ouverte, portes fermées ; le seul bruit qu’on parvient à imaginer, c’est celui des pas de Laure : elle traverse des rues vides, marche au milieu de la voie, de toute façon aucune voiture ne circule.

Des p – a – s et après Clic, le bruit de l’appareil photographique qui retentit dans la rue.

Où se trouvent les habitants? Une alerte soudaine les garde peut-être assiégés dans leurs maisons, ils n’y habitent peut-être plus depuis longtemps.

Les murs sont la peau-enveloppe de ceux qui les habitent, c’est à leur intérieur que les êtres humains vivent, se reproduisent, dorment, mangent, grandissent, meurent. Ceux repris dans les photos de Laure reflètent alors une humanité qui a décidé de baisser le rideau sur le monde extérieur : l’architecture a perdu son essence et au lieu de réunir et contenir, sa fonction est devenue celle de séparer et d’isoler les habitants de l’extérieur.

C’est ce que témoigne la série Almost Blind par sa représentation dramatique du futur de notre société : ces minuscules fenêtres, les seules fentes permettant l’infiltration de la lumière, semblent être les seules perspectives pour les assiégés derrière l’énorme mur.

Et si personne ne devait plus sortir?

Ce qui resterait à l’extérieur ce seraient peut-être les objets que les habitants ont oubliés ; parapluies cassés, sachets des courses, bouteilles en plastique, fourchettes, un avion en papier : les sujets photographiés par l’artiste pour les séries Found Footage.

Il s’agit d’objets trouvés dans les rues de Berlin, qui émergent de la neige aux premières chaleurs du printemps.

Laure photographie ces perce-neige urbaines avec une précision scientifique comme si elle devait créer un catalogue des pièces appartenues aux humains.

Même l’action de documenter ce qui revient en surface rappelle le travail de l’archéologue. Le résultat est curieux, on a l’impression de voir au-delà de la fin de notre civilisation, d’ apercevoir, dans une étrange sorte de rétrospective perspective[1], comment se présenterait notre absence : l’abandon de toutes les choses qui nous appartenaient et qui nous ont survécu.

Ce qui est impressionnant des images de cette artiste, c’est que le moindre détail nous permet de percevoir ce qu’elle ne nous montre pas ; à travers un détail, que la plupart ne remarque pas, Laure parvient à nous raconter l’histoire, la vie, les sentiments d’un univers beaucoup plus vaste, celui qui n’entre pas dans l’encadrement.

Ces images sont dépourvues des cicatrices, qui rendraient facile lire une histoire et faire de la prose, mais dans leur rigueur minimaliste, elles acquièrent ce sens de plénitude, propre à la seule poésie.

[1]James Berger, After the end : Representations of Post-apocalypse, Minneapolis, London : University of Minnesota Press, 1999

 

 

RETROSPETTIVA PROSPETTICA

Esterno. Muro slavato grigio in pieno sole. Una piccola finestra in basso, unico pertugio.

Esterno. Muro in cemento, superficie ruvida, grigio. Una finestra nel centro, il cui unico ornamento è una parabola di ricezione.

Esterno. Serranda abbassate, tapparelle semichiuse; unico disegno : l’ombra del tettuccio di copertura dell’entrata.

Esterno. Macchia azzurra su sfondo grigio. Un sacchetto di plastica che sembra fuso nell’asfalto.

Linee rette che tracciano geometrie rigorose, tagliano il quadro lungo la sua larghezza e poi lo spezzano ancora in rettangoli, quadrati e in qualche raro triangolo, i colori riempiono gli spazi disegnati che uno accanto all’altro creano una composizione ordinata di figure piane.

Queste nature morte geometriche sono in realtà le fotografie che l’artista Laure Catugier scatta ai particolari delle facciate di alcune abitazioni; impossibile determinare quanto è grande il muro come impossible è collocarle sulla cartina geografica perché prive di qualsiasi rimando alla cultura che le ha costruite. Non possiamo nemmeno datarle, potrebbero essere costruzioni degli anni ’50 come immobili recenti.

Anonime, private del loro tempo e dello spazio: universali, verrebbe da dire.
Come universale è il silenzio che le pervade: tapparelle sempre abbassate, mai una finestra aperta, porte chiuse. L’unico rumore che riusciamo ad immaginare è quello dei passi di Laure: percorrere lunghe vie vuote, cammina in mezzo alla strada, tanto nessuna macchina è in circolazione.
P-a-s-s-i e poi Clic , il rumore della macchina fotografica che riecheggia nella via. Dove sono gli abitanti? Forse un allarme improvviso li tiene assediati nelle loro case, forse non le abitano più da tempo.

I muri sono la pelle-contenitore di chi li abita, è al loro interno che gli esseri umani vivono, si riproducono, dormono, mangiano, crescono, muoiono. Quelli ritratti nelle fotografie di Laure riflettono allora un umanità che ha deciso di chiudere il sipario sul mondo esterno: l’architettura ha perso la sua essenza ed invece che riunire e contenere, la sua funzione è diventata quella di separare ed isolare chi la abita dal mondo esterno.
Così nella serie Almost Blind vediamo una rappresentazione drammatica del futuro della nostra società: quelle finestre piccolissime, gli unici spiragli che permettono l’entrata della luce, sembrano le sole prospettive per chi è assediato dietro l’enorme muro.
E se nessuno dovesse più uscire ?
Forse, ciò che rimarrebbe all’esterno sarebbero gli oggetti che gli abitanti si sono dimenticati; ombrelli rotti, sacchetti della spesa, bottiglie di plastica, forchette, un aeroplano di carta: i soggetti che l’artista ha fotografato per le serie Found Footage.
Si tratta di oggetti trovati sulle strade di Berlino, che riemergono dalla neve, grazie ai primi caldi primaverili.
Laure fotografa questi bucaneve urbani con una precisione scientifica, come se stesse creando un catalogo degli oggetti che una volta appartenevano agli umani. Anche l’azione di documentare ciò che torna in superficie ricorda quella dell’archeologo.
Il risultato è curioso, ci sembra di vedere oltre la fine della nostra civiltà, di scorgere, in una strana sorta di retrospettiva prospettica[1], come si presenterebbe la nostra assenza: l’abbandono di tutte le cose che ci sono appartenute e che ci hanno sopravvissuto.
Ciò che cattura delle immagini di quest’artista è che con un minimo particolare riesce a farci percepire ciò che non ci mostra, attraverso la ripresa di un dettaglio, che ai più sarebbe passato inosservato, l’artista riesce ad raccontarci la storia, la vita, i sentimenti di un universo molto più ampio, quello che non rientra nell’inquadratura.
In queste immagini non ci sono muri che mostrano le loro cicatrici, sui quali è semplice leggere una storia e fare della prosa, queste immagini, nel loro rigore minimalista, assumono quella compiutezza propria solo alla poesia.

[1] James Berger, After the end : Representations of Post-apocalypse, Minneapolis, Londra : University of Minnesota Press, 1999